Stéroïdes et stimulants, une énorme hypocrisie ?

Mis à jour : mai 5

Un sujet aussi sensible que tabou, pourtant, l’usage de substances dopantes est aujourd’hui monnaie courante. Alors que faire ? Informer ou continuer de fermer les yeux ?

Taire le sujet ou en parler ? Une question que je me suis posée un long moment lors du lancement de Science Fitness. En cause, un malaise, un épais miroir opaque d’hypocrisie et de non-dits.


Avant tout, une vision globale sur la pratique du dopage : l'Agence mondiale antidopage (AMA) publie chaque année un rapport sur la violation des règles interdisant le dosage. Le dernier rapport en date de l'année 2017, fait mention de 1804 cas de violations des règles. Point à noter, la France fait partie du haut du classement. [1]


L’erreur serait de dire qu’aujourd’hui le dopage fait partie intégrante de la musculation. Bien que cette pratique ait toujours fait partie de ce sport à haut niveau, de nos jours, les personnes utilisant des stéroïdes où des stimulants destinés à brûler les graisses sont bien loin du bodybuilder de 120 kilos.


Actuellement, sur les 10 messages privés que je reçois au travers de mon activité sur divers forums, environ 80 % concernent les produits dopants et souvent les personnes ne connaissent rien à la nutrition ou à l’entraînement.


Ce sont précisément deux raisons qui m’ont poussé à créer cette section :

  1. Le dopage ne concerne plus uniquement des passionnés de culturisme, il touche tout le monde.

  2. Les informations et les protocoles qu’utilisent les novices proviennent d’Internet et sont pour la plupart extrêmement mauvais.

Il n’est pas inhabituel de voir des personnes appliquer des protocoles touchant directement à leur santé, puis demander après coup, si ce qu’ils ont appliqué était correct.


Un véritable problème, de fausses solutions

Parlons de cette population moderne utilisant les anabolisants. Plusieurs petites particularités peuvent varier, mais le fond demeure sensiblement le même. C'est bien souvent des personnes mal dans leur peau. Dans la plupart des cas, ils sont âgés de 18 - 25 ans, et aspirent à un changement physique rapide, c’est pour faire face à cette urgence qu’ils envisagent le dopage.


Précisons que, quand je dis qu’ils pensent recourir au dopage, ils ont déjà bien souvent acheté tous les produits. Mon expérience m’a démontré que peu importe le discours et la prévention faite, dissuader de l’utilisation de ces produits est quasiment impossible.


Il existe de mon point de vue deux facteurs qui justifient cette situation :

  1. La démocratisation des produits dopants ainsi que la facilité à s’en procurer.

  2. Un problème sociétal fort qui impose une norme physique.

Ici, nous parlons de pratiquant de musculation, mais le phénomène touche aussi de jeunes filles au collège ou au lycée, non pas avec des recours chimiques, mais en se privant de nourriture ou en adoptant un comportement apparenté à de la boulimie.[2]


Le plus gros problème étant que la musculation ne comble pas les problèmes de confiance en soi, améliorer son physique afin de faire disparaître le mal-être représente bien souvent une chimère. Nous pouvons prendre en exemple toutes ces personnes qui ont lu des tonnes de livres sur la séduction, mais qui n’ont jamais réussi à aborder une seule fille.


Attention, la pratique de la musculation offre vraiment des avantages sur l’état d’esprit, la discipline ou encore la rigueur, je pense sincèrement que cela peut améliorer le quotidien d’une personne, notamment des personnes en retrait ou timide qui auront plus de facilité, et plus de confiance en eux pour aller vers les autres. Même d’un point de vue professionnel, j’ai pu observer des améliorations au travers de la transformation physique et la prise de confiance. Néanmoins, si un mal-être est déjà existant, les émotions et la nécessité pressante de changement produisent généralement de mauvaises choses.

Une étude sociale pour étayer les faits

Une étude a été réalisée par les endocrinologues de la Wake Forest University aux États-Unis, ils ont réalisé la plus grande enquête jamais réalisée sur les utilisateurs de stéroïdes anabolisants.


Cette étude comporte l’analyse des réponses de 2385 utilisateurs de stéroïdes à un sondage. Le sondage permet de traiter plusieurs informations en fonction de la tranche d’âge du sexe et de la région des sondés. [3]

L’étude révèle que le motif majeur de l’utilisation de produits dopants était l’amélioration de l’apparence et le gain de force. La tranche d’âge la plus fréquente pour le début de l’utilisation de stéroïdes était 22-30 ans, suivie de 19-21 ans. La plupart des hommes utilisant des anabolisants ont déclaré avoir des difficultés à arrêter de manière prolongée. Alors que la moitié des répondants ont tenté d’arrêter, plus de 60 % ont recommencé.

Ce que permet de mettre en avant cette étude, c’est que les utilisateurs de stéroïdes, on commençait très tôt, bien souvent des 19 ans, et pour des raisons majoritairement d’images de soi. Autre fait notable, la plupart des utilisateurs ont tenté d’arrêter et plus de la moitié ont échoué.

tableau comparatif utilisation de stéroides
Tableau 1. Données démographiques et motivations des hommes utilisant des stéoides.

En étudiant d’un peu plus près les données que nous fournit l’étude, nous pouvons aussi constater que la plupart des utilisateurs n’osent pas en parler alors médecin, qu’ils ont quasiment tous rencontré des effets secondaires plus ou moins importants, et qu’ils font plus confiance aux gourous d’Internet plutôt qu’au corps médical.


Voilà les ingrédients d’un cocktail explosif, sachant que les « gourous » sont des personnes situées derrière un écran d’ordinateur, apportant des affirmations touchant directement à la santé, sans forcément étayer ce qu’ils disent par un minimum de sources scientifiques.

La prévention, c’est aussi l’explication

L’état français a instauré dès 2004, une politique présentant un objectif de réduction des risques, celle-ci a été actualisée en 2016 au travers de la LOI n° 2016-41, et voici un extrait de ce qu’elle indique [4] :

I. -La politique de réduction des risques et des dommages en direction des usagers de drogue vise à prévenir les dommages sanitaires, psychologiques et sociaux, la transmission des infections et la mortalité par surdose liés à la consommation de substances psychoactives ou classées comme stupéfiants.
II.-Sa mise en œuvre comprend et permet les actions visant à : 1° délivrer des informations sur les risques et les dommages associés à la consommation de substances psychoactives ou classées comme stupéfiants ;
4° Promouvoir et superviser les comportements, les gestes et les procédures de prévention des risques. La supervision consiste à mettre en garde les usagers contre les pratiques à risques, à les accompagner et à leur prodiguer des conseils relatifs aux modalités de consommation des substances mentionnées au I afin de prévenir ou de réduire les risques de transmission des infections et les autres complications sanitaires. Elle ne comporte aucune participation active aux gestes de consommation ;

C’est dans ce contexte-là que je publierais sur Science Fitness des articles concernant les anabolisants. C’est aussi pour cela que je n’encourage pas ni ne stigmatise la consommation des drogues liées à la performance.


La recherche d’un juste-milieu entre la prévention et la diffusion d’informations constitue, et constituera toujours ma priorité.

Références :

[1] “WADA publishes Anti-Doping Rule Violations report for 2017 (19 December 2019),” World Anti-Doping Agency, 2017. https://www.wada-ama.org/en/media/news/2019-12/wada-publishes-anti-doping-rule-violations-report-for-2017 (accessed May 04, 2021).


[2] World Health Organization: WHO, “Santé mentale des adolescents,” Who.int, Sep. 28, 2020. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/adolescent-mental-health (accessed May 04, 2021).


‌[3] A. K. Bonnecaze, T. O’Connor, and J. A. Aloi, “Characteristics and Attitudes of Men Using Anabolic Androgenic Steroids (AAS): A Survey of 2385 Men,” American Journal of Men’s Health, vol. 14, no. 6, p. 155798832096653, Nov. 2020, doi: 10.1177/1557988320966536.


[4] “Article 41 - LOI n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé (1) - Légifrance,” Gouv.fr, 2016. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000031913098#:~:text=3411%2D8.,psychoactives%20ou%20class%C3%A9es%20comme%20stup%C3%A9fiants. (accessed May 04, 2021).


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